13.08.2010

Un patrimoine catalan exemplaire promu à Saint Cyprien : les barques et la gastronomie catalanes

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A l'occasion de la première Fête médiévale de la Ville, deux belles conférences se sont tenues à la Médiathèque. François Bernardi , réalisateur de l'excellent  documentaire projeté « La dernière barque » a réuni autour de lui deux spécialistes de la voile latine : Clovis Aloujes et Gildas Giraudeau, propriétaires de barques catalanes restaurées avec passion et derniers défenseurs d'un patrimoine  maritime essentiel à notre département. C'est au Barcarès, à Collioure et à Banyuls que les « Catalanes » se fabriquaient au début du XXème siècle. Ces chantiers navals bénéficiaient d'un savoir-faire ancestral, les chantiers les plus connus étaient les ateliers « Bonafos » et « Coulomines » à Banyuls. Les bois utilisés provenaient de la forêt de la Matte, les pins sylvestres offraient des mats biens droits, le chêne vert taillé dans le fil du bois formait l'ossature. De la qualité des bois dépendaient la durée de vie la barque mais aussi sa solidité et par conséquent la sécurité des équipages. La grande caractéristique de la barque catalane est sa voile, élégante, triangulaire dont l'origine byzantine ne fait aucun doute. Les barques portent des noms différents en fonction du type de pêche pratiquée : la « sardinal » pour la pêche à la sardine, l' « anxove » pour la pêche aux anchois, les « llaguts » (petites barques), les « bouares »...  De forme élancée, elles mesurent entre 9 et 11 mètres. D'autres barques plus longues armées pour la « pêche au bœuf » (la pesca del bou) devaient leur nom à la technique de la pêche au chalut où deux bateaux identiques sont reliés (d'où l'image de jougs de bœufs). L'âge d'or de la pêche à la voile est situé à la fin du XIXème siècle, à Collioure une flotte de 100 sardinals employait 700 marins. L'émergence du diesel sonnera la disparition de la pêche à la voile. Dès le début des années 60, la concurrence est trop forte, les barques abandonnées pourrissent sur les plages ou sont brûlées. Le renouveau viendra de jeunes Catalans passionnés qui entreprendront un travail de restauration, prenant en compte le savoir-faire transmis de mémoire par les Anciens : de jolis noms qui perpétuent la tradition « Santa Espina » « Notre Dame de Consolation » « L'Idéal » Aujourd'hui, des associations continuent de faire évoluer cette activité par   la rencontre de « Régates»  avec la Catalogne.

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Eliane Thibaut-Comelade a honoré de sa présence un auditoire conquis par la gastronomie catalane. Auteur de plus de quarante publications, cette grande « Dame » spécialiste en cuisine catalane a offert un exposé des conseils  d'Arnau de Vilanova basés sur cinq principes toujours actuels : le premier traite du moment propice au repas, le second insiste sur la nécessité d'une excellente mastication, le troisième porte sur la quantité d'aliments à ingérer, le quatrième s'attache à la qualité de la nourriture, le cinquième évoque la nécessité de boire lorsque la soif se manifeste. Ces principes de diététique ont 700 ans. Autre grande figure rapporteur des mœurs moyenâgeuses, Fransesc Eiximenis, théologien, Evêque d'Elne laisse une œuvre monumentale de treize volumes, reflets des coutumes du XIVème siècle. Il décrit les l'ordonnance du repas, le choix des aliments, l'harmonisation des vins et des plats et la façon de se comporter à table : par exemple.. : « Ne commence jamais à manger le premier, fais bonne figure, laisse le plus gros morceau à ton voisin... » .  Aujourd'hui, Eliane Comelade transmet par les ateliers de cuisine à Ille-sur-Têt les recettes savoureuses dont il est toujours possible de régaler ses invités. Il serait par ailleurs tout à fait souhaitable que de belles tables du département proposent de jolies recettes de la cuisine médiévale catalane : le lait d'amandes (llet d'ametlles) par exemple, ou le  sorbet de cannelle (sorbet de canyella), ou la soupe aux herbes (sopa d'herbes), le blanc-manger (menjar blanc) etc... La promotion de la cuisine c'est aussi la mise en valeur d'un art de vivre, celle d'une culture ancestrale, d'un partage à bien vivre ensemble.

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